Suite à un voyage en Egypte,effectué en 2011, je garde un souvenir inoubliable de ce petit temple, perdu dans le désert à l'est d'Edfou.
Il sagit d'un temple construit sous Séthy Ier qui se caractérise par de très belles couleurs tout à fait dans la droite ligne des bas-reliefs de Séthy Ier, si
caractérisques de son règne.
Un autre point notable est la présence de 3 inscriptions dédicatoires qui ont marqué la littérature égyptologique, il sagirait de textes 'hétérogènes" présentant une densité variable de traits grammaticaux propres à l’égyptien ancien et à l’égyptien tardif ou néo-égyptien (ref.Paksi Julianna Kitti, Linguistic Heterogeneity in the Ramesside Royal Inscriptions, Bâle 2026, p.90). Et, selon elle, ces textes "reprendraient certains motifs caractéristiques de la "Königsnovelle", p.86, mais ne correspondrait par à une réelle "Königsnovelle".
Pour la "Königsnovelle", ou narrations royales, propres à l'Egypte ancienne, voir Andrés Stauder, "La Königsnovelle. Indices génériques, significations, écarts intertextuels", dans Philippe Collombert, Laurent Coulon, Ivan Guermeur & Christophe Thiers (eds.), 'Questionner le sphinx'. Mélanges offerts à Christiane Zivie-Coche, Bibliothèque d’étude 178, Cairo, 2021D'après Madame Desroches Noblecourt (réf: 'Le Secret des temples de Nubie' . Paris Stock 1999 page 171.) , Sethy aurait fait preuve de créativité dans son hemi-speos . Il s'est fait représenté 3 fois dans 3 niches situées dans le saint des saints , ce qui serait une nouveauté !
Dans mon approche de la publication de ce temple, j'aborderai les 3 textes dédicatoires, avec, en regard des hiéroglyphes la translittération et la traduction. A mes yeux c'est fondamental de mettre les hiéroglyphes en regard, cela permet d'apprécier la pertinance des translittérations et traduction, mais aussi de mettre en valeur visuellement le texte tel que traité par les égyptiens.
Je complèterai cette étude, au fur et à mesure, par une approche historiographique relative à savoir comment les égyptologues ont traité ce temple et ces textes.

Un exemple significatif ces couleurs, c'est une photo de la partie haute de la paroi, à droite en entrant dans le sanctuaire, c'est à dire le Texte B.

Un autre exmple de ces couleurs au plafond du sanctuaire en direction du fond.

Le temple de Kanaïs est un hémi-spéos, creusé dans une falaise de grès (grès "nubien" des géologues); il a été redécouvert par Frédéric Cailliaud le 3 novembre 1816 et par G.Baptista Belzoni le 24 septembre 1818
La chapelle était pourvue d’un portique ou sorte de pronaos, en maçonnerie, en grès, fermé sur les flancs par les claires-voies des murs-rideaux et, sur l’axe de la montée royale, par une porte à linteau brisé dont seul le seuil demeure. Ici le terme "portique" ou "vestibule" parfois utilisés pour décrire cette construction frontale du petit temple d’El-Kanais est inadéquat.
Les différents noms du site : Temple de Radésiéh , Wady Abbad, Ouâdi Miàh, Kanaïs, ..
C'est à Henri Gauthier en 1920, que l'on doit le terme le plus connu dans la littérature égyptienne à savoir Kanaïs et El-Kanaïs, non qui viendrait de El-Kénisa, 'l'église', ou 'la Chapelle' en arabe.
![]() Le temple est situé à 55 km à l’est d’Edfou aux confins de 2 ouâdis, le ouâdi Miyâ et l'ouadi Barramiya, sur la route menant vers Bérénice. Sur le plan ci-contre j'ai mentionné la position des 3 textes, | ![]() |
Plan corrigé, Gauthier a mis un pilier de soutainement en plus, ce qui n'est pas le cas.
Le temple lui-même s'appellerait: tA Xnm.t (mn-mAa.t-ra)|, c'est à dire le puits de Men-Maât-Rê.
En français = 'puits; point d'eau'; en anglais 'well; watering place'; en allemand Brunnen; Wasserstelle'.
Parmi les nombreuses inscriptions, le nom du temple est clairement explicité dans deux scènes, l'une à l'entrée du pronaos, à gauche. Le roi présente à Rê-Horakhty de l'encens, Rê-Horkhty qui réside dans le tA Xnm.t (mn-maA.t-ra)| et qui explique ;"puisses-ty exister tant que durera ton monument pour ta durée de vie comme (celle) d'Aton (le disque solaire) dans le ciel.
L'autre à droite, où le roi présente à Amon son nom, Amon-Rê qui déclare "paroles à dire par Amon-Rê qui réside dans le puits tA Xnm.t (mn-maA.t-ra)|, (je) te donne vie, stabilité et pouvoir comme Rê".
Lichteim = Ce petit temple rupestre en grès se situe dans le désert oriental, à soixante-dix kilomètres à l'est du village de Redesiya, qui se trouve sur la rive orientale du Nil, à environ huit kilomètres au sud d'Edfou. Le temple a porté différents noms : « Temple de Redesiyeh », « Temple du Wadi Abbad », « Temple du Wadi Mia » ou encore « Al-Kanais ». Les reliefs du vestibule représentent le roi terrassant des Nubiens et des Asiatiques Lurson = L'hémispéos de Kanaïs a été creusé dans la falaise, à l’'ombre d’un surplomb rocheux qui borde l’Ouadi Miya au sud; il fait donc face au nord, au nord-nord-est pour être précis
|
Les différentes missions que l'on peut recenser : |
Petit historique des publications: |
Références pour les 10 dessins de Nestor L'Hôte : 'Papiers et dessins du voyageur et égyptologue Nestor L'Hôte (1804-1842).XIXe siècle'. III Notes et dessins.
Selon Weigall Arthur E. "A Guide to the Antiquities of Upper Egypt, 1909" (p.351), Lepsius et Golenischeft seraient les deux seuls égyptologues à avoir visité le site, au 19ème siècle.
D'un point de vue historiographique, il est intéressant de comparer et apprécier la qualité des transcriptions données dans publications de Schott (1), Reinisch (2), Lepsius (4), Golenischeff (5), mais aussi à l'aide d'une photo (3) prise en 2011. J'ai pris comme exemple le texte A:

J'ai mis en encadré bleu les rajouts de Golenischeff (1890) que Gauthier a mentionné en 1920.
Ce qui caractérise ce temple est la présence de 3 textes, qui sont très importants pour l'historiographie du règne de Séthy Ier.
Les inscriptions se composent de trois textes liés entre eux. Le premier (A) est gravé sur le montant gauche de la porte menant à la salle principale. Les deux autres (B et C) se trouvent sur le mur nord de cette salle. Tous trois sont disposés en colonnes verticales. Le texte C présente de longues lacunes aux lignes 3 à 13, car la surface rocheuse avait été réparée avec des pierres qui se sont ensuite détachées.
Quelques traducteurs:Les traductions se sont étalées sur 170 ans, et c'est assez surprenant de regarder comment les traducteurs ont
abordés ces 3 textes.
On peut observer que c'est Schott qui a traité différament ces textes, en commençant
par le texte A, puis le B et C !
Pourquoi ?
Il faudra attendre 2026 pour revenir à l'ancien ordre
de traitement, à savoir Paksi J.
| 1856 Chabas | B, C et A. |
| 1867 Birch | B, C et A. |
| 1871 Lauth | B, A et C. |
| 1890 Golenischeff | A. |
| 1906 Breasted | B, C et A. |
| 1914 Gun / Gardiner | B, C et A. |
| 1920 Gauthier | B, A et C. |
| 1933 Sander Hansen | B, A et C. |
| 1961 Schott | A, B et C. |
| 1975 Kitchen | A, B et C. |
| 1976 Lichteim | A, B et C. |
| 1997 Davies Benedict | A, B et C. |
| 2026 Paksi Juliana | B, C et A. |
Les premiers relevés de textes hiéroglyphiques peuvent être attribués à Nestor L'Hôte lors de son troisième voyage en 1841, voyage qui débutat le 21 juillet 1840.
Ref: La Revue des Deux Mondes, Paris, vol. 27, no 1, 1841=-7-01, p. 147.
Le texte:Le petit temple, seul monument égyptien qui se trouve à une journée du Nil, à été creusé dans le roc, avec
un portique bâti de pierres de taille, sous le règne du père de Sésostris, Ménephtah Ier, J'ai copié la majeure
partie de la décoration de cet édifice, notamment une grande inscription hiéroglyphique, portant la date de
l'an IX du règne de Pharaon. On remarque dans les cartouches renfermant le nom propre de ce prince cette figure
parfaitement conservée du dieu à longues oreilles et an bec recourbé, qui, dans presque tous les monumens, se
trouve martelée , comme si pendant le règne de Ménephtah le culte de ce dieu eût été supprimé. Cette figure est
d'ailleurs trés rare sur les monumens des autres époques ; Champollion l'appelle Seth. ...
Ces trois textes présentent un intérêt considérable. Certains égyptologues classent ces 3 textes dans la catégorie des "koenigsnovelle"
Selon Paksi, p.90; 'L’inscription de Kanais de Séthi Ier est un texte royal linguistiquement hétérogène, dont les principales unités textuelles présentent une densité variable de traits grammaticaux propres à l’égyptien ancien et à l’égyptien tardif.
Le texte A contient la dédicace officielle du temple et du puits. Il débute par la titulature royale et quelques formules traditionnelles, suivies d'un poème en deux parties, vivant et d'une grande maîtrise, qui loue le puits source de vie et le roi qui en ordonna le creusement.Pour Lepsius, dans LD Abth III, pl 140, l'ordre est textes B, C et D, le texte D correspond au texte A.
Schott Siegfried 'Kanais, der Tempel Sethos I. im Wâdi Mia', a publié en 1961 un article qui a été fondamental dans l'étude de ces trois textes. I a donc repris la séquence A, B, C.
Paksi Julianna Kitti a publié un article intitulé: " Linguistic Heterogeneity in the Ramesside Royal Inscriptions", page 26, explique une lecture différente, l'odre serait B, C en enfin A.
Ref: Lingua Aegyptia Studia Monographica, band 32, 2026.Ci-dessous les planches issues de la publication de Schott.Il a respecté les sens des signes, pour le texte C, lecture de gauche à droite, et pour les textes B et A lecture de droite à gauche.

Nestor L'Hôte a publié un magnifique relevé du texte B, que l'on retrouve dans les archives de la BNF côte NAF 20396; sous le titre :
"Papiers et dessins du voyageur et égyptologue Nestor L'Hôte (1804-1842).XIXe siècle. III Notes et dessins",
Source: Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits.
Planche 39.

![]() |
|















Cailliaud, Voyage à l’oasis de Thèbes: et dans le déserts situés à l’orient et à l’occident de la Thébaïde, fait pendent les années 1815, 1816, 1817 et 1818, Paris, 1821.
Belzoni, Narrative of the operations and recent discoveries within the pyramids, temples, tombs and excavations in Egypt and Nubia,
and of a journey to the coast of the Red Sea, in search of the ancient Berenice and another to the oasis of Jupiter Ammon,
Londres, 1820.
L’Hôte, « Lettres sur l’Égypte en 1841 », Revue des deux mondes - 4e série 27, 1841, p. 136-151.
Lepsius, 1849-1859, vol. III, pl. 138-141, vol. IV, p. 75-84
Wilkinson, Modern Egypt and Thebes. Being a Description of Egypt, Including the Information Required for Travellers in that Country, II II, Londres, 1843
Birch, « Inscriptions of the gold mines at Rhedesieh and Kuban. », dans Records of the past: being English translations of
the Assyrian and Egyptian monuments. vol. 8, Egyptian texts, Londres, 1876, p. 67-80.
Chabas Une Inscription historique du règne de Séti Ier en 1858.
Golénischeff RT 13 (1890) Une excursion à Bérénice
Breasted, Ancient records of Egypt: historical documents from the earliest times to the Persian conquest, Chicago; Londres; Leipzig, 1906.
Weigall Arthur E. - A Guide to the Antiquities of Upper Egypt, 1909.
Weigall - A report on the so collad Temple of Redesiyeh (Kanaïs), ASAE Vol 9, 1909
Gauthier, Henri: Le temple de l'Ouâdi Mîyah (El Kanaïs). - In: BIFAO 17 (1920) 1-38,20 Taf.
Gunn, Battiscombe: New renderings of Egyptian texts / by Battiscombe Gunn and Alan H. Gardiner. - In: JEA 4 (1917) 241-251
Gun B., Gardiner A. New Renderings of Egyptian Texts, JEA 4, 1917
Lichteim, 1976, Ancient Egyptian Literature II, p. 52-56
Davies, Benedict G.1997, Egyptian Historical Inscriptions of the Nineteenth Dynasty,
Schott, Siegfried, Kanais. Der Tempel Sethos I. im Wâdi Mia, Göttingen,1961
Kitchen 1975, KRI I, 65-70.
Harari, Ibram, Les dispositions juridiques prises par Séti Ier à Kanais, DE 7 (1987), 87-104.
Harari, I., Les décrets royaux. Source de droit, DE 8 (1987), 93-101.
Gundlach , R., Strukturfragen bei der Analyse und Interpretation ägyptischer historischer Texte,
Vandenhoeck & Ruprecht, 1961
Davies Benedict - Egyptian Historical Inscriptions Of The Nineteenth Dynasty (1997)
Morales - The inscription of Seti I at Kanais (Wadi Mia)
Morales Antonio J. - Threats and warnings to future kings, The inscription of Seti I at Kanais (Wadi Mia)
G. Toth, « The Inscriptions of Sety I at Al-Kanais/Wadi Mia », dans Introduction to Middle Egyptian Grammar through Ancient Writings, Camden - New Jersey, 2013
Paksi - Linguistic Inclusiveness in Seti I’s Kanais Inscription, 2015
Paksi Julianna Kitti – Linguistic Heterogeneity in the Ramesside Royal Inscriptions.